• Maguelone Boé

Qu'est-ce qu'un fonctionnement personnel et relationnel ?


Je me souviens quand j’étais assistante de formation au CRAM avoir remarqué qu’une des étudiantes se sentait humiliée à chaque fois qu’elle prenait la parole en groupe. Peu importe à quel point elle se sentait en sécurité dans le groupe, le fait que le formateur l’avait assuré que jamais il ne l’humilierait ou bien le fait que cela faisait 3 ans déjà qu’elle prenait la parole dans le même groupe, toujours cette sensation d’être humiliée lui revenait. Cela lui rendait le fait de prendre la parole en groupe très difficile.

Comme je ne comprenais pas comment expliquer qu’elle n’arrivait pas à transformer cela, j’avais posé la question au formateur, qui m’avait répondu : c’est un fonctionnement dans lequel elle est prise.

Mais qu’est-ce qu’un fonctionnement ?

1. Qu’est-ce qu’un fonctionnement psychique ?

Si on regarde le dictionnaire courant (Wikipedia), il nous réfère au mot anglais : pattern. Ce qui est amusant, car pattern vient du mot français : patron. Non pas dans le sens de quelqu'un qui dirige, mais d’un patron en couture : un modèle dont on se sert pour reproduire un vêtement. Pattern signifie : un phénomène ou une organisation que l'on peut observer de façon répétée lors de l'étude de certains sujets, auquel il peut conférer des propriétés caractéristiques.

Et quand on cherche des synonymes au mot pattern, voici ce que l’on trouve : modèle, construction, disposition, schéma, scénario, figure (sportive).

Enfin, un dictionnaire psychologique nous donne la définition suivante pour pattern : La psychologie moderne tend à remplacer les notions de motivation, de pulsion et de besoin, par celle de pattern comme forme constante structurant la relation au réel et à autrui et orientant le comportement.

Cela nous donne une bonne indication de ce qu’est un fonctionnement psychique. Il s’agit d’un schéma, d’un scénario qui s’est inscrit dans notre inconscient suite à une ou des expériences relationnelles et que l’on reproduit malgré nous quand nous nous trouvons face à une situation donnée qui comporte certaines caractéristiques de l’expérience initiale.

Donc, on parle de fonctionnement quand face à une situation donnée (un déclencheur) identique, on va reproduire malgré nous un fonctionnement psychique identique, même si le fonctionnement n’est plus adapté à la situation présente.

Je vais donner des exemples pour éclairer la définition.

J’avais une cliente qui dès qu’il y avait un conflit autour d’elle se sentait coupable. Même si elle n’était pas l’instigatrice ou même directement concernée par le conflit. Or quand elle était jeune, elle ressentait beaucoup de colère contre sa mère mais ne voulait jamais la lui exprimer pour ne pas la faire souffrir. Mais un jour elle avait craquée et s’était fâchée tout rouge contre sa mère. Et peu de temps après, celle-ci avait été victime d’un grave accident. Ma cliente, dans sa petite tête d’enfant, en avait conclu très inconsciemment que sa mère avait eu un accident parce qu’elle s’était mise en colère contre elle. Et en avait gardé une immense culpabilité. Du coup, dans son fonctionnement, conflit entrainait immédiatement culpabilité.

Un autre exemple. J’ai une autre cliente qui a fait une grave dépression quand elle était adolescente. La dépression n’ayant jamais été diagnostiquée et traitée, elle a trainée pendant des années : ma cliente retombait en dépression au moindre incident de la vie. Et son psychisme en avait « compris » que c’était la manière normale de gérer les aléas de l’existence. Du coup, à chaque fois qu’il se passait dans la vie de ma cliente quelque chose d’insatisfaisant (incompréhension avec son partenaire, conflit professionnel ou inquiétude financière : peu importe), elle se sentait déprimée et si elle n’y prenait pas garde, retombait en dépression.

Un dernier exemple : j’ai une troisième cliente qui au moindre regard, remarque, silence ou attitude d’un proche qu’elle n’arrive pas à décoder se sent abandonnée. Son père était malheureux dans son couple et avait affectivement déserté la cellule familiale, même s’il était toujours physiquement présent. Ma cliente s’était sentie abandonnée par son père et ne parvient plus à départager quand il y a réellement abandon, de quand elle se sent abandonné, même si l’autre cherche à lui exprimer tout autre chose.

2. De ces exemples, on peut retirer quelques caractéristiques d’un fonctionnement :

- Un fonctionnement nait d’une expérience relationnelle. On le voit dans les exemples proposés, c’est suite à une expérience vécue en relation avec maman, papa, cela peut-être un éducateur, une sœur, etc. que l’on développe ces fonctionnements. Cela ne veut pas dire que maman, papa,… est responsable de ce fonctionnement. Nous en sommes entièrement responsables. Mais cela veut dire que c’est en relation qu’il s’est construit. En réaction à une expérience qui nous a été insupportable, nous avons « choisi » inconsciemment un mécanisme de défense qui nous semblait, sur le coup, le seul moyen de survivre à cette expérience. Si je reprends l’exemple de ma cliente qui se sent coupable : face à l’accident de sa mère, son irrationnel fait le lien entre la colère qu’elle a exprimé et l’accident. Pourquoi ce lien ? Pourquoi pas un autre ? Et alors pourquoi n’a-t-elle pas vécu encore plus de colère contre sa mère, plutôt que de la culpabilité ? Ou bien pourquoi ne s’est-elle pas sentie abandonnée ? Nul ne le sait. Mais cela nous permet de voir que sa mère n’est en rien responsable du vécu de sa fille. Son irrationnel a « choisi » de construire ce lien-là, lien que ma cliente a maintenant la responsabilité de défaire. Il s’est construit en relation et maintenant, il nous appartient entièrement. Mais cela veut aussi dire que la relation va être un outil pour en sortir.

- Un fonctionnement nait d’un comportement (ou d’un sentiment, une émotion) que l’on ressent de manière répétitive, même une fois que le déclencheur initial est fini. Et à un moment donné, ce sentiment se cristallise dans notre irrationnel. Par exemple, ma cliente numéro 1 se sent coupable longtemps de l’accident et son inconscient va enregistrer que c’est normal de se sentir coupable dès qu’il y a conflit. Pour ma cliente n.2, la dépression dure, elle devient une disposition intérieure. Dans les 2 cas, on peut observer la durée, la répétition de l’émotion. Un pattern se construit dans le temps et s’inscrit en profondeur dans notre personnalité, nos croyances, notre irrationnel.

- Un fonctionnement est inconscient. Et donc, en connaitre la cause ne suffit pas à le désamorcer. Il agit malgré nous, malgré notre rationnel. Par exemple, ma cliente 1 a très vite compris d’où venait sa culpabilité : le lien avec sa mère. Tout comme mon étudiante et son sentiment d’humiliation : elle SAIT rationnellement qu’elle est en sécurité. Elle sait qu’elle ne va pas être humiliée devant le groupe. Et pourtant, le fonctionnement psychique agit malgré elle, se reproduit. Se rebeller contre le fonctionnement, vouloir qu’il disparaisse et y mettre toute sa volonté ne suffit pas : le fonctionnement agit malgré nous. Nous reproduisons inconsciemment ce que notre psychisme a enregistré. C’est inconscient, involontaire. Je n’insisterais jamais assez là-dessus. Sinon, en tant qu’individu, on ne comprend pas pourquoi il se reproduit même quand on sait ce qui se passe. Et comme thérapeute, on est dans le projet que nos clients changent maintenant qu’on leur a tout bien expliqué ce qui se passe.

- Quand le chemin est tracé, il est très difficile de le changer. Par exemple, mon étudiante, au cours de ses 3 années de formation à l’école, était dans un cadre où elle était très en sécurité et recevait beaucoup de sympathie et de reconnaissance quand elle prenait la parole en groupe. Pourtant elle a continué à ressentir cette humiliation. Ma cliente qui « tombait en dépression » au moindre désagrément a ressenti cela très longtemps en thérapie, malgré le travail sur elle amorcé avec courage et détermination. C’est là où on rejoint le concept des figures sportives de notre définition du pattern : on va danser la même danse fort longtemps avant d’en prendre conscience, puis fort longtemps après en avoir pris conscience : d’être capable d’apprendre un nouveau pas.

Cela nous amène à la question que l’on se pose tous :

3. 3. Comment fait-on pour en sortir ?

- Un fonctionnement est une réponse inappropriée à une situation, un déclencheur donné dans notre vie présente.

Pour pouvoir changer le fonctionnement, il est faut commencer par connaitre le déclencheur du moment qui le provoque. Parfois, c’est facile : mon étudiante sait que l’humiliation qu’elle ressent vient du fait qu’elle doit prendre la parole en groupe. Mais souvent on perd le déclencheur de vue quand le fonctionnement est enclenché. Par exemple, ma cliente qui se sent déprimée / en dépression : une fois que la sensation de dépression est installée, elle ne sait plus ce qui s’est passé qui l’a amenée là. Elle ressent juste la déprime, cela la panique et elle va essayer de ne plus déprimer : elle a perdue de vue le déclencheur. À ce moment-là, elle n’a plus de pouvoir face à son fonctionnement, puisqu’il est la réponse à une situation, un déclencheur qu’elle a oublié.

Un des travaux important pour transformer le fonctionnement, va être de développer une réponse différente au déclencheur. Et pour cela, il faut revenir au déclencheur présent, réel qui provoque le fonctionnement insatisfaisant. Par exemple, avec ma cliente déprimée, le gros du travail en thérapie est de l’accompagner pour retrouver, dans les heures, les jours qui précèdent la déprime, ce qui s’est passé : le déclencheur. Dès fois, il peut s’agir d’une absence réelle ou perçue de son conjoint, ou bien une inquiétude au sujet professionnel. Dans tous les cas, à partir du moment où elle retrouve la situation, le déclencheur initial, elle peut CHOISIR d’y apporter une solution différente à celle dont elle a l’habitude : la déprime.

- Un fonctionnement est une réponse instantanée au déclencheur : on ne peut l’éviter.

Évidemment, ce que l’on souhaite tous, c’est : ne plus déprimer, se sentir abandonné, coupable, humilié, etc. Bref, le réflexe est de chercher comment faire pour se débarrasser à tout prix de ce fonctionnement. Or un fonctionnement est irrationnel, inconscient : il s’agit d’un mécanisme de défense. Avant que l’on en ait pris conscience, le sentiment d’abandon est là. Il est présent, bien installé à l’intérieur de nous. Si on se souvient de la définition du pattern : construction, disposition, schéma, scénario. Le fonctionnement est construit en nous, le scénario se déclenche avant que notre conscience y ait eu accès. Il est plus rapide que notre conscience ou le contrôle que l’on peut avoir sur soi. C’est important de se le rappeler encore et encore, pour ne pas travailler à changer le fonctionnement en tant que tel : il n’est qu’une réponse inappropriée à une situation. On n’a pas de pouvoir dessus.

Là où on a du pouvoir, c’est d’apprendre à bâtir un nouveau fonctionnement qui lui sera satisfaisant : non automatique, inconscient et inapproprié.

- Un fonctionnement est une figure inscrite à l’intérieur de nous.

Et c’est là que nous avons du pouvoir. Je vais suivre la métaphore sportive qui est la meilleure illustration de ce qui se passe dans un fonctionnement. Quand on regarde une partie de hockey, par exemple. L’agilité, la force et la souplesse en même temps des joueurs peuvent donner à penser, à ceux qui ne sont jamais montés sur la glace, que quelques années d’entrainement régulier devrait suffire à atteindre leur niveau. Or dès que l’on monte sur la glace, le réveil est assez brutal : on voit qu’en quelques années, le mieux que l’on va atteindre, c’est d’accepter qu’on va ressortir avec des bleus et des courbatures de chaque entrainement !

Si je souhaite apprendre le yoga, les premières séances sont pénibles. Je suis jaloux des belles postures de mon professeur, je n’arrive pas à respirer comme elle et je suis loin de ressentir la détente totale à laquelle j’aspire ! Je ressors frustré, essoufflé et j’ai mal partout. Mais si je persiste dans mes efforts, à un moment donné, je vais avoir moins mal. Je vais commencer à ressentir du plaisir à mes entrainements. Bref, j’ai appris une nouvelle figure. Je commence à connaitre une nouvelle manière de fonctionner.

Pour changer un fonctionnement, il faut apprendre une nouvelle réponse, un nouveau fonctionnement à une situation donnée : un déclencheur. Donc, il faut :

1. Avoir identifié le déclencheur ;

2. Avoir identifié le fonctionnement insatisfaisant ;

3. Apprendre à développer un nouveau fonctionnement : une nouvelle figure ;

4. Recommencer.

Changer un fonctionnement prend du temps.

Sylvie Guilhem est l’une des plus grandes danseuses étoile de notre temps. Elle disait en substance en entrevue : « si j’arrête de pratiquer un jour, ça me demande deux jours pour retrouver mon niveau. Si j’arrête de pratiquer deux jours, ça me demande une semaine. Si j’arrête une semaine, ça me demande un mois ». Si je continue avec mon image sportive, devenir un athlète de hockey, se sentir bien en faisant du yoga, faire des pointes en tant que ballerine : tout cela demande du temps, et un effort conscient et constant.

Changer un fonctionnement, c’est la même chose.

Si je pense à ma cliente qui déprime quand elle est déclenchée par quelque chose, cela lui a pris des années à revenir à son déclencheur initial. Au début, elle n’y arrivait pas sans mon aide en thérapie. Elle arrivait dans mon bureau en disant : « je suis déprimée et je ne sais pas pourquoi… ». Parfois, c’était en raison d’un évènement qui s’était déroulé des semaines auparavant : le fonctionnement avait agi inconsciemment. Puis au fur et à mesure, elle a appris à ressentir la déprime qui s’installait plus rapidement : elle a appris à détecter le fonctionnement. Et à partir de là, à se poser toute seule la question : qu’est-ce qui s’est passé cette semaine, hier, aujourd’hui, dans l’heure, qui fait que je me sens déprimée maintenant ?

Progressivement, elle a appris à voir le scénario à l’œuvre, à le mettre à sa conscience. Et c’est à partir de là que progressivement, elle a pu apprendre une nouvelle figure.

- Changer un fonctionnement se fait en relation avec un autre.

Comme nous commençons à le saisir, pour se défaire d’un fonctionnement insatisfaisant, il faut le remplacer par un fonctionnement que l’on choisit, qui est adapté à la situation présente, qui est satisfaisant sur le plan personnel et sur le plan relationnel. Pour cela, la première étape est de retrouver le déclencheur. Et on s’aperçoit que le plus souvent, la situation, le déclencheur est quelque chose qui s’est passé en relation avec quelqu'un. Mon conjoint est rentré plus tard que prévu, j’ai reçu une remarque désagréable au travail, un de mes ados est en réaction totale contre moi, je dois accomplir une tâche qui me fait peur et je pense que je vais être jugé, etc. C’est en relation avec les autres que nous avons construits ces fonctionnements psychiques, et c’est en relation aux autres qu’ils sont réactivés aujourd’hui.

Et donc, quand nous avons retrouvés le déclencheur relationnel au fonctionnement, c’est une réponse relationnelle différente que nous pouvons apprendre à développer. Il s’agit de créer un nouveau scénario à notre film intérieur. Apprendre un nouveau tango, une nouvelle partie de hockey : c’est quelque chose qui se fait avec les autres.

C’est aussi quelque chose où on a besoin d’aide. Car le fonctionnement est inconscient : on ne le voit pas. On trouve ça « normal » de se sentir coupable, déprimé ou que tout le monde nous abandonne. Donc, ça nous prend un regard extérieur pour nous montrer que ça n’est pas normal. Que ça n’est pas obligé. Que l’on peut faire autrement, apprendre une autre partition. C’est là qu’il est important d’aller chercher de l’aide d’un spécialiste de la relation d’aide, d’un conjoint bienveillant (et patient !) ou d’une amie proche.

5. Je vais reprendre mes exemples pour montrer des chemins de résolution :

Ma cliente qui se sent coupable au moindre signe de conflit a appris, avec le temps, tout d’abord à accepter que sa première réaction est, et sera sans doute toujours de se sentir coupable. Que cela ne veut pas dire qu’elle est coupable. Puis, une fois qu’elle l’a identifié et accepté, elle a appris que si elle va vérifier avec l’autre s’il pense que c’est de sa faute, elle peut alors se distancer de sa culpabilité. Et revenir au vécu réel du présent face au conflit qui se déroule devant elle : colère, incompréhension, peur, … ou culpabilité. Mais dans ce vécu réel, du présent, elle retrouve un pouvoir personnel d’interagir de manière appropriée en relation avec l’autre, en fonction de la situation présente. Elle peut développer un fonctionnement adapté au conflit présent, fonctionnement qui ne sera sans doute pas le même au prochain conflit. Elle a le choix, il y a de la souplesse.

Ma cliente déprimée a appris à ressentir très vite les signes de déprimes qui s’installent chez elle. Et elle a maintenant le réflexe, toute seule, de se poser la question : qu’est-ce qui s’est passé ? Quel est mon déclencheur ? Et à partir de là, à régler courageusement la situation présente : parler à son conjoint de l’inquiétude qu’elle a ressenti suite à son retard et voir avec lui s’il peut essayer de la prévenir systématiquement. Regarder comment trouver une situation satisfaisante au niveau professionnel, envoyer son ado faire un voyage sur la lune… peu importe ! Dès qu’elle s’occupe du déclencheur, elle ne ressent plus la déprime : elle a tracé un nouveau fonctionnement, elle a appris de nouveaux pas de dance, ce qui fait qu’elle n’est plus victime de sa déprime. Dès fois, elle n’y arrive pas toute seule (elle se sent déprimée et ne sait pas pourquoi) et revient ponctuellement en thérapie pour un coup de main pour sortir du fonctionnement insatisfaisant qui s’est réinstallé à son insu.

Ma cliente qui se sent abandonnée à tout bout de champ a appris à départager que le sentiment d’être abandonnée ne veut pas dire qu’elle est abandonnée : faire un gros travail de départage entre son ressenti qui est réel, mais qui n’est pas la réalité en relation. Que son conjoint peut-être moins présent un soir au souper et que ça ne veut pas dire qu’il songe à la quitter. Mais que elle a peur qu’il s’ennuie d’elle. Qu’elle peut recevoir un refus professionnel, et que ça ne veut pas dire que personne ne veut d’elle. Bref, il s’agit d’accepter qu’elle peut ressentir de l’abandon sans que cela veuille dire qu’elle est abandonnée. Une fois cela établi, elle peut s’occuper d’aller chercher les informations dont elle a besoin pour se sécuriser : vérifier avec son mari comment il va durant le souper et lui partager sa peur. Aller chercher du feedback positif auprès de ses proches suite au refus professionnel qu’elle a reçu. Il s’agit d’un travail à long terme pour prendre la responsabilité de se sécuriser et ne pas confondre le sentiment d’abandon de l’abandon.

En guise de conclusion

On peut retirer quelques caractéristiques de ces exemples :

- Travailler à identifier le déclencheur ;

- Départager le ressenti de la réalité objective ;

- Accepter que notre ressenti nous appartient, et qu’il est lié au passé ;

- Passer à l’action dans le présent en étant en adéquation avec la situation du présent et non plus en adéquation avec notre ressenti qui est lié au passé ;

- Et ne pas oublier, jamais, que cela prend du temps. Beaucoup de temps. Que ça n’est pas magique ni instantané. Que l’on va devoir répéter et répéter encore et encore les même mouvements (aller vérifier, accepter de ressentir, dépasser sa peur pour poser LA question qui nous fait peur, etc.) avant que le fonctionnement se transforme.

Mais OUI, cela se fait. C’est possible, avec beaucoup de compassion et d’amour de soi et de support de notre entourage.

J’ai revu dernièrement mon étudiante qui se sentait humiliée dès qu’elle prenait la parole en groupe. Elle devait intervenir, pour une trentaine de minutes, devant un groupe. Et elle a fait une intervention magnifique, touchante et qui a eu de l’impact ! Son fonctionnement était transformé. Elle ressentait toujours la peur d’être humiliée, mais le simple fait de prendre un court moment pour regarder attentivement les personnes présentes a suffi à ce qu’elle se sente en confiance. J’étais très heureuse pour elle et fière d’elle.